DAVID LAFORE

"tout le monde me déteste, ça marchera jamais !"

Article de Philippe Boeglin - Liveinmarseille.com

David Lafore Festival Avec le Temps 2009
20 mars 2009
Deuxième soirée d’affilée au Café Julien ! Et cette fois-ci on a bien failli se faire avoir :
pour nous la tête d’affiche était bien évidemment David Lafore, le triste et désopilant, graveleux et imperturbable chanteur qu’on aime depuis bien longtemps, précisément depuis une prestation de braderie de cunnilingus, effectuée en caleçon rouge sur la Place de Lenche. Il s’en est donc fallu de peu qu’on arrive délibérément en retard ! Et pourtant il jouait ce soir en premier, avant un espèce de grand zigue déconneur du 9-4 appelé Merlot, venu armé d’un bon paquet de fans - très vraisemblablement la soirée la plus drôle et peut-être la plus trash de cette édition d’Avec le Temps 2009 ! Bref, c’est sans façons et sans aucune autre de ses 5 Têtes qu’il monte sur scène, Monsieur Lafore, l’air de venir vérifier un micro, s’empare d’un guitare usée jusqu’à la moëlle et démarre à peu près sans crier gare. Et commence d’entrée avec une histoire languide de fille toute mouillée, et se met toute la salle dans la poche sans aucune problèmes, malgré sa mine inamovible à la "tout le monde me déteste, ça marchera jamais !", et les bides volontaires qu’il enchaîne entre chaque chanson. Il faut dire que sa voix est très belle dans son genre, plutôt sensuelle même autant que je puisse en juger, et son toucher de guitare plus subtil qu’il n’y paraît : ce mec a la classe, tout simplement. Puis il le prouve par la jolie Babines qui ouvrait son premier album, plus enlevée, assez classe ! Tout autant que Sur Ma Mule (que j’avais découvert sur "Coup de Pouce au Balthazar", formidable compile de la scène locale marseillaise) : très drôle, ponctuée de cris - le tube du premier album sans doute ! Et tout de suite après, Jalousie, qu’on pourrait qualifier de tube du second : avec ses paroles survoltées, elle fait rire aux éclats toute la salle - d’un de ces rires un peu dérangeants : il n’y a qu’à voir le clip de cette chanson pour envisager tout le potentiel homicide du personnage...

Tant qu’il y aura des mouches, effectuée l’oeil humide et torve, est très drôle aussi, et franchement cochonne ! Pépé et Mémé, sa première chansons paraît-il (oui, ils finissent brûlés évidemment), avant qu’il annonce une longue série de chansons lubugres (les dépressifs sont invités à quitter la salle) qui commence par la jolie et terrible Laisse moi mourir un peu. Un peu plus tard, Tu m’en diras tant, logorrhée embrouillée qu’aurait pu écrire Boby Lapointe, et la chanson qui dans un monde meilleur aurait défoncé les charts : la très enlevée et superbe Un baiser, une bombe - l’une des seules qu’il n’introduit pas par une ânerie, à croire qu’il l’aime bien lui aussi ! Pour rappel, une chanson qu’il fait reprendre à tue-tête par la public, sans aucun problèmes, et il fait même mine de recommencer le concert au départ. Au bord de la mer, jolie et calme, un titre pas reconnu triste et doux, et puis celle que quelques fans réclamaient à corps et à cris : 20 francs, déclenchant comme toujours l’hilarité générale sur la rime très riche "Un cuni, pour mami !" Il finit sur J’ai Massacré tout un pays, lubugre à souhait - et pourtant il récolte une ovation sincère pour conclure ce très beau concert. Alors à vrai dire on se perd en conjectures sur le fait que David Lafore, songwriter indéniablement talentueux, ne soit pas devenu une star, depuis quelques années qu’il est monté à la très grande ville. A croire que son positionnement tragi-comique doit sans doute être mal compris par les grands médias, tout comme ses paroles pour le moins interdites aux oreilles non averties, ou son air de Buster Keaton phocéen peu avenant. Lui dont toutes les vidéos qu’on trouve sur le web sursautent pourtant au rythme des rires de ceux ou celles qui le filment... En tout cas nous sommes heureux de faire partie des "happy few" et continuerons à le pousser de toutes nos petites forces sur la voie d’un succès qu’il mériterait de rencontrer !
Philippe Boeglin - Liveinmarseille.com

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